Le baseball est le sport d'équipe le plus individualiste. Chaque frappeur vit son propre drame personnel. Le duel tête-à-tête entre le frappeur et le lanceur est ancré dans la culture populaire. Ce suspense atteint son paroxysme lors de la Série mondiale. En 1978, le premier face-à-face entre Reggie Jackson et le lanceur des Dodgers Bob Welch est entré dans la légende. Pour Jackson, ce fut un échec passager. Pour Welch, ce moment marqua le début d'une carrière riche en défis personnels et professionnels.
En début de saison 1978, les Yankees de New York avaient remporté leur premier titre de Série mondiale depuis 1962. Lors de la série de 1977, Reggie Jackson s'était imposé comme « M. Octobre » en claquant trois home runs dans le match 6, remportant le MVP. C'était sa quatrième bague en six ans, après trois avec les A's d'Oakland de 1972 à 1974. Il avait affronté six vainqueurs de division en sept ans. Jackson excellait sous pression, et New York était taillée pour lui.
Son ego surpassait presque son talent : arrogant, impétueux, parfois vaniteux. Il ne reculait devant personne, que ce soit son manager, le propriétaire George Steinbrenner ou les médias. Première grande signature libre de Steinbrenner, il arrivait avec assurance. En un an et demi à New York, le drame avait été constant, incluant des altercations sur le terrain avec le colérique Billy Martin.
L'équipe avait peiné en avril et mai. Martin fut limogé en juin, remplacé par l'imperturbable Bob Lemon, ancien lanceur et Hall of Famer. Sous sa direction calme, les Yankees réalisèrent l'un des comebacks les plus célèbres de l'histoire du baseball. À 14 matchs des Red Sox à mi-juillet, ils les rattrapèrent pour un tie-breaker légendaire gagné sur un home run improbable de Bucky Dent, avant de battre les Royals de Kansas City en ALCS.
C'était une équipe tourmentée par les blessures. Willie Randolph manqua la série à cause d'une déchirure aux ischio-jambiers. Chris Chambliss et Mickey Rivers ne jouèrent qu'avec des bobos. Les Yankees incarnaient New York des années 1970 : malmenés mais résilients.
Les Dodgers cherchaient la rédemption en 1978, hantés par les exploits de Reggie en playoffs précédents. Leur lineup resta intact. Tommy Lasorda, manager depuis 1976, mena l'équipe à sa troisième Série mondiale en cinq ans. Renforcés par un bullpen solide, avec l'un des meilleurs infields et Dodger Stadium iconique, ils étaient des stars à Hollywood. Ils remportèrent la NL West de justesse, à 2,5 matchs des Reds. Beaucoup de joueurs visaient leur première bague.
Bob Welch, 21 ans, gaucher de 1,91 m du Michigan, fut drafté au 1er tour en 1977 par les Dodgers après Eastern Michigan University (ignorant une draft lycéenne par les Cubs). Rappelé le 19 juin, il gagna son premier match le 21 contre les Astros. Recrue, il lança 13 départs en 23 apparitions, dont 3 sauvetages, avec 111 manches à 2,02 ERA, 66 K et 26 BB. Lasorda, ex-lanceur, fut impressionné.
Le staff des Dodgers, mené par Don Sutton, Tommy John et Burt Hooton (51 victoires), affichait la meilleure ERA des majeures à 3,12, guidé par Steve Yeager.
Confiants, les Dodgers balayèrent Philadelphie en NLCS et accueillaient les matchs 1-2. Favoris malgré le comeback yankee.
La saison fut assombrie par la mort de l'entraîneur Jim Gilliam, 49 ans, d'un AVC avant les playoffs. Les Dodgers portèrent un brassard noir et le numéro 19.
Prévu, les Dodgers gagnèrent 11-5. Figueroa, malade (Guidry repoussé), céda 3 points tôt. Tommy John l'emporta. Les Yankees semblaient à plat.
Reggie, DH, eut 3 hits dont un HR.
Match 2 : Hunter vs Hooton devant 56 000 fans. Dodgers vinrent des funérailles de Gilliam ; Reggie représenta les Yankees.
Yankees menèrent 2-0 en 3e (Jackson double RBI). Dodgers répondirent 4-2 en 6e (HR Cey). 4-3 Dodgers avant 9e.
Dent simple, avance 2e. Forster sortit, Welch entra.
Lasorda et infield briefèrent Welch : « Lance ta balle rapide ». Munson out. Compte 3-2 après 9 pitches. 10e pitch : strike three sur fastball genou. Welch exulta. Jackson fulmina.
Neuf pitches, sept minutes : Welch légende. Yankees laissèrent 10 sur base.
Malgré 2-0, Yankees renversèrent : Guidry/Nettles 5-1 match 3 ; 4-3 en 10 match 4 (Reggie hit clé) ; Beattie shutout 12-2 match 5 ; Guidry 4-1 match 6 (HR Jackson sur Welch). Deuxième titre consécutif.
Jackson : Hall of Famer, 563 HR, 2500+ hits, 1700 RBI. 2 MVP WS, 5 bagues, 14 AS, leader HR AL x4. 77 playoffs.
Welch : 211-146, 3,47 ERA, 1969 K en 3092 IP, 61 CG. Aide Dodgers 1981, A's 1989 (Cy Young 27W 1990).
Alcoolisme secret révélé en 1979. Dodgers l'aidèrent via programmes. Livre 1991 : Five O'Clock Comes Early. Mariage, enfants. Entraîneur (D-backs 2001). Mort tragique 2014 (chute).
Hommages : McGwire, Kasten, Lasorda : « Un de mes lanceurs préférés, cœur immense ».
Repose en paix, Bob Welch (1956-2014).
Articles
Livres
Welch, Bob et Vecsey, George. Five O'clock Comes Early : Un lauréat du prix Cy Young raconte sa plus grande victoire. Au coin du feu (première édition), 1991.
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