Tom Lohr est un passionné de baseball qui a visité tous les stades de la Ligue majeure de baseball... deux fois.

Dans le monde du sport professionnel, il vaut parfois mieux être célèbre que simplement bon. Les fans sont volages, et laisser une trace dans l'histoire n'est pas donné à tous. Peu de joueurs atteignent les statistiques légendaires de Mickey Mantle, Hank Aaron ou Nolan Ryan. Seuls quelques noms résistent au temps, bien après la retraite.
Personne ne rêve de passer à la postérité pour ses échecs, pourtant certains y parviennent. Malgré d'excellentes stats offensives en carrière, Jose Canseco est surtout connu pour ce coup de circuit qui a rebondi sur sa tête avant de franchir la clôture. Quant à Bill Buckner, son nom évoque irrémédiablement cette erreur historique en finale.
Encore plus rare : voir son nom entrer dans le jargon quotidien du baseball. On parle de "pouvoir à la Babe Ruth" pour les frappeurs d'élite, ou de la "maladie de Steve Blass" pour un lanceur qui s'effondre inexplicablement. Steve Blass était un as des Pirates de Pittsburgh avant de sombrer ; il excella ensuite comme commentateur, mais son nom reste lié à l'échec.

C'est le cas de Mario Mendoza, infortuné mais immortalisé. Né à Chihuahua au Mexique, il débute en MLB en 1974 avec les Pirates de Pittsburgh, puis joue pour les Mariners de Seattle et les Rangers du Texas jusqu'en 1982. Arrêt-court défensif par excellence, Mendoza excellait au gant dans une position où la défense prime sur la frappe. Ses "mains de soie" compensaient une moyenne au bâton catastrophique.
En MLB, une moyenne de .300 est excellente (réussir 3 fois sur 10 !), mais .200 est pitoyable et renvoie souvent en ligues mineures. Mendoza frappa au-dessus de .200 seulement quatre saisons en neuf ans, flirtant souvent avec ce seuil fatal.

Fin de carrière, Mendoza était synonyme de faiblesse au bâton. En 1979, face aux Mariners, les coéquipiers taquinent George Brett (Royals de Kansas City, futur .329 avec 20 HR) : "Attention, tu vas passer sous la 'ligne Mendoza' !" (.200). Brett rebondit, mais mentionne l'anecdote à Chris Berman d'ESPN. Le terme explose, entrant dans le vocabulaire baseball pour désigner une moyenne ≤ .200.

La "ligne Mendoza" s'étend à la culture pop : attractivité dans How I Met Your Mother, notes scolaires dans Beverly Hills, 90210, rendements Treasuries ou sondages politiques. Même en NFL, la "Dalton Line" s'inspire du modèle.
Malgré tout, Mendoza disputa neuf saisons MLB grâce à sa défense. Au Mexique, il brille : .291 en carrière, élu au Panthéon du baseball mexicain en 2000. Il manage ensuite jusqu'en 2013.
Peu deviennent un nom commun. Jouer en MLB est un privilège ; pour Mendoza, sa notoriété inverse le dicton : mieux vaut être "malchanceux" que bon, pour entrer dans la légende.
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